Mémoires de Racing : Philippe Piette, l’humilité rugissante

MadeInLens Memoires RC Lens RacingSi notre passion du RC Lens nous ramène à l'actualité du moment, le club Sang et Or cultive un histoire riche, un passé composé de moments glorieux et d'autres moments douloureux. Au travers de cette rubrique « Mémoires de Racing », MadeInLens.com va explorer cet héritage et vous proposer régulièrement des contenus sur des matchs de légende, des articles, des interviews... sur ces nombreuses pages de l'histoire de ce club lensois que nous supportons.

Pour ce deuxième numéro, nous vous proposons le portrait d'un milieu offensif qui a connu Valenciennes, le RC Lens et le LOSC au cours de sa carrière de joueur, jouant 72 rencontres pour 10 buts marqués sous le maillot Sang et Or entre 1982 et 1984 : Philippe Piette.

Philippe Piette, l’humilité rugissante

Entre nous, qui peut se targuer de connaître un joueur qui a contribué aux belles heures du RC Lens ? Sans aller jusqu’à dire que je suis un ami, le terme est trop précieux pour le galvauder, j’ai l’honneur de discuter parfois avec quelques « anciens » qui m’acceptent dans la périphérie de leurs connaissances. Ces joueurs  qui ont pratiqué le plus beau métier du monde, ils  ont la particularité d’avoir transcendé Bollaert avec la tunique Sang et Or.

Philippe Piette RC Lens 03Pour l’heure, je souhaite vous parler d’un homme humble, peut-être trop à la réflexion comme je m’efforce de le développer par la suite. Je n’ai pas la chance de côtoyer le monde du foot si ce n’est pour admirer le meilleur joueur du monde qu’est mon fils, un avant-centre de district dans un petit club de la région lilloise. Mais ce que je ressens de loin, concernant l’environnement  professionnel du foot, c’est qu’il s’apparente à une jungle. Une immense forêt où ne rugissent pas forcément les lions aux crocs les mieux acérés pour l’épanouissement des clubs de l’Hexagone. Comme partout en fait, le relationnel me paraît une arme plus efficace que l’expérience elle-même. Mais c’est l’avis très personnel d’un spectateur lambda qui ne connaît rien à rien, c’est ce que vous pensez peut-être à juste titre.

Philippe Piette, c’est l’homme du jour. Son talent immanent a percé très vite à Valenciennes, lui le natif de Beugnies dans l’Avesnois. C’est un vrai  gars du Nord, viscéralement attaché à ses terres, il sera d’ailleurs le seul à porter le maillot des trois clubs phares de la région. Quand il débute à Valenciennes dans sa dix-huitième année, il joue directement dans la cour des grands, la première division. En 1979, dans le Mistral de la tentaculaire cité phocéenne, il retrouve son ami Didier Six  et on le surnomme déjà le petit Bonnel, Marseillais lui aussi quelques années plus tôt. Sa carrière s’écoule ensuite à Metz, puis à Lens, mais aussi au Racing Paris avant de retrouver le Nord à Lille, et enfin Nancy et Tours.  

Philippe Piette pose ses valises dans le Pas-de-Calais au cours de l’été 1982, le Racing vient juste de se maintenir  en première division. Très vite apprécié par le public lensois qui retrouve dans sa vivacité et dans son élégance, les qualités de  cœur et de courage artésiennes, il contribue au succès pendant la saison 82-83. Le club inscrira au moins un but à chacune de ses rencontres en championnat, développant qui plus est un jeu de qualité sous la houlette du prof d’anglais Gérard Houllier. Après deux belles saisons à Metz, Philippe Piette trouve à Lens une continuité dans sa progression et n’est pas loin de convaincre Michel Hidalgo pour intégrer l’équipe de France. Malheureusement, Platini, Giresse, Tigana,  Genghini et Larios (un peu moins  pour ce dernier pour des raisons extra-sportives), rayonnent dans le formidable carré magique. Honnêtement il n’y a pas de quoi rougir de cette concurrence-là. A l’issue de la saison 82-83, le Racing décroche la quatrième place, la coupe d’Europe est de retour six ans après la campagne de 1977, Hervé Flak fidèle au club depuis toujours et Jean-Pierre Tempet, après des vacances lavalloises sont la mémoire vivante des joutes passées. La Coupe UEFA, qui sera remplacée plus tard par l’Europa League, est une vraie compétition avec match aller-retour dès les 32e de finale. Le premier adversaire, vous connaissez l’histoire, est le club belge de La Gantoise. A l’aller, Roman Ogaza permet aux Lensois de ramener un prometteur 1-1 de Gand. Au match retour, les joueurs de la Province de Flandre-Orientale ouvrent le score, Miroslaw Tlokinski égalise et les prolongations promettent le suspense. A la 93e minute, Philippe Piette, qui assure qu’il s’agit de son match le plus accompli avec le RC LENS, décroche la lune dans la lucarne après une  demi-volée qui même au ralenti est en excès de vitesse. En 16e de finale, le Racing rencontre encore un club belge, Anvers. Après un début catastrophique à Bollaert, 2-0 pour les gars du plat pays qui est le mien, Lens obtient le nul par Hervé Flak et Pascal Peltier. Avant le retour, les pronostics ne sont pas en notre faveur. Le match n’est pas diffusé à la télévision, les supporters qui ne sont pas du déplacement collent les oreilles à leurs radios, plutôt vintage tout ça non ? Un défenseur belge contre son camp et des buts de Xuereb et de Brisson pas encore champions olympiques, portent le score à 3-0 après 46 minutes, un avantage décisif. Après quelques frayeurs et deux buts pour l’honneur d’Anvers, cette victoire à l’extérieur propulse le Racing Club de Lens sur le devant de la scène européenne. En effet, les Artésiens sont les derniers ressortissants de l’Hexagone, ils subliment bien avant l’heure l’étendard des Hauts de France. En 8e de finale, Anderlecht, tenant du titre, sera encore un club belge. Il y aura ce match du caillou qui mérite un article à lui seul (1-1 à Bollaert) et une très honorable défaite à Bruxelles (0-1).

Philippe Piette RC Lens 04Philippe Piette est capitaine de cette belle équipe lensoise mais étonnement,  il quitte le club pour le Racing Paris à l’été 1984. Il avouera plus tard, que ce départ est son plus grand regret. Mais alors dîtes-vous, pourquoi avoir quitté Lens ? La raison est aussi simple que complexe. Elle repose sur l’indélicatesse d’un agent, ce qui à l’époque, selon le témoignage d’anciens pros comme Bruno Bellone ou Jean-François Larios, s’apparente visiblement à une ligne d’inconduite plutôt fréquente. Philippe Piette se sentait très bien en Artois, il souhaitait poursuivre l’aventure avec des coéquipiers qu’il appréciait et qui l’appréciaient tout autant. Le hic, c’est que l’agent du joueur affirmait que le RCL ne voulait pas renouveler le bail, qu’il lui fallait donc quitter le club pour rejoindre la grosse écurie qu’essayait de devenir le Matra Racing. Mais l’image n’est pas aussi romanesque qu’un « si tu ne veux pas aller à Lagardère, Lagardère ira à toi », non l’image est malheureusement mensongère. Encore une fois, il est important d’insister sur ce point, Philippe Piette voulait rester dans le Pas-de-Calais mais son agent l’a trompé quant aux véritables desideratas des dirigeants lensois. Au détriment d’une logique sportive pour le joueur, l’agent arriviste, pléonasme une fois encore, touchera une commission beaucoup plus conséquente en le transférant au Matra. Avec un agent altruiste, Philippe Piette aurait certainement passé quelques années de plus en Sang et Or. En 1984, les mauvaises langues  disaient que Piette avait préféré la couleur de l’argent à la noblesse du jeu. C’est ce qui circulait dans le couloir des bruits qui courent mais la vérité, comme expliquée, était bien différente. Entre nous, qui savait vraiment ce qu’il en était dans une foule si prompte à brûler ses idoles ?      

Au cœur d’un univers que je ne connais pas, il me semble  que le football nordiste de haut niveau, et plus particulièrement le RCL en panne d’identité depuis 2008, si ce n’est à travers Eric Sikora, gagnerait à offrir un petit trousseau de clefs à Philippe Piette. Cet homme de Bollaert en manque de terrain, anoblirait dignement, avec  humilité, un des secteurs qui foisonnent à la Gaillette, que ce soit dans la formation, la réserve, ou tout autre  domaine qui  mène aux prés magiques.

Mais entre nous, comme le football professionnel est une jungle,  l’humilité ne rugit peut-être pas assez fort aux oreilles des dirigeants.

Olivier Bodelle

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