Histoire du Racing Club de Lens

A l'orée de la saison 1999-2000, qui a vu les Sang et Or terminer à la cinquième place du championnat de France et parvenir en demi-finale de la coupe de l'UEFA (éliminés par les Anglais d'Arsenal), le président du RC Lens, Gervais Martel, déclarait : « On a tout connu cette saison : des moments difficiles et des moments forts ! Le Racing bouge, le Racing avance dans un climat de passion ... C'est encourageant pour l'avenir. » Cette petite phrase peut également résumer les vingt années de présidence de Gervais Martel à la tête du Racing Club de Lens. De 1988, alors que le club était quasiment en faillite, à 2008, où le Racing est solidement installé parmi l'élite et participe régulièrement aux coupes européennes, le chemin parcouru est long et les transformations nombreuses, le club devant s'adapter aux mutations du football professionnel et, notamment, à l'arrivée massive de l'argent au cours des années 1990. Toutefois, une constante majeure est ce "climat de passion" qui règne autour du Racing, et ce depuis sa création en 1906.


En 1934, le Racing obtient le statut professionnel


Un jour de 1906, des lycéens créent le Racing Club de Lens. Le 18 octobre 1907, les premiers statuts sont déposés, permettant à la ligue d'Artois d'engager le club dans le championnat unique d'Artois pour la saison 1907-1908. Le RC Lens réapparaît en 1922 après les années de guerre. Deux ans plus tard, les couleurs Sang et Or, symboles du club, apparaissent sur le maillot du Racing. A sa création, l'équipe était parée de maillots rayés noir et vert puis, après la guerre, d'un maillot bleu. C'est en 1924, en passant devant les ruines de l'église Saint-Léger, dernier vestige de l'occupation espagnole au XVIIe siècle, que vint l'idée de reprendre des couleurs rouge et jaune de l'Espagne. Avec ses nouveaux maillots, Lens remporte son premier titre en 1926, à savoir le championnat d'Artois. En 1934, soit un an après la création du championnat de France de football professionnel, le Racing opte pour le statut professionnel. Pendant toutes ces années, le club artésien va marquer quelques pages de son histoire.

Les Sang et Or remportent le championnat de France de deuxième division en 1937, 1949 et 1973, disputent la finale de la coupe de France en 1948 (perdue 3-2 face au rival lillois) et 1975 (perdue 2-0 face au grand Saint-Etienne), puis terminent deuxième du championnat de France en 1956, à un point de Nice. C'est en coupe d'Europe de l'UEFA que Lens va réaliser un de ses plus grands exploits. Lors du second tour de cette coupe en 1977-78, Lens s'incline 2 à 0 face à la Lazio de Rome au Stadio Olimpico de Rome. Les partenaires de Didier Six et Daniel Leclercq éliminent pourtant les Italiens au retour, en les battant 6-0 après prolongations.


Le Racing remporte le championnat de France en 1998


Par deux fois, le Racing Club de Lens va connaître de sérieuses crises. La première se produit à la fin des années 1960, avec les premières fermetures de puits de mines. La récession minière touche la région et entraîne la chute du Racing Club de Lens en 1968-69, qui doit alors abandonner le professionnalisme et évoluer en championnat de France amateur. La seconde touche le club dans les années 1986-89. La situation catastrophique financière est à l'origine de la relégation en deuxième division en 1989 – en dépit de l'arrivée de Gervais Martel à la présidence du club en 1988, en remplacement de Jean Honvault. Deux années plus tard, malgré une défaite lors des barrages face à Toulouse, Lens rejoint l'élite grâce aux rétrogradations administratives de Bordeaux, Brest et Nice. A partir de la saison 1995-96, le Racing retrouve la coupe d'Europe, en atteignant les huitièmes de finales en 1995 contre le Slavia de Prague, puis contre la Lazio de Rome au premier tour en 1996-97. Cette dernière saison est alors catastrophique. Slavo Muslin est finalement remplacé par Roger Lemerre, et Lens parvient à rester en première division.

La saison suivante est la plus faste que le club ait pu vivre. Le Racing de Daniel Leclercq remporte le championnat de France lors de la dernière journée, grâce à un match nul 1-1 obtenu à Auxerre (but de Yoann Lachor). Le club dispute également une finale de coupe de France et une demi-finale de coupe de la Ligue, toutes deux perdues face au Paris Saint-Germain. La saison suivante, Lens dispute la Ligue des Champions, mais ne peut passer le premier tour, malgré une victoire 1 à 0 (but de Mickaël Debève) contre Arsenal à Wembley, où aucune équipe française n'avait réussi à s'imposer auparavant. Le palmarès du club s'étoffe encore grâce à la victoire 1-0 contre Metz en finale de la coupe de la Ligue (but de Daniel Moreira). La saison 1999-2000 débute mal en championnat. Le « druide » Daniel Leclercq se voit remplacé par François Brisson. Qualifié en coupe de l'UEFA, le Racing Club de Lens va briller dans cette compétition. Le Racing élimine successivement les Israéliens du Maccabi Tel-Aviv, puis les Néerlandais du Vitesse Arnhem, les Allemands de Kaiserslautern, les Espagnols de l'Atletico de Madrid et du Celta Vigo, avant de chuter en demi-finale contre les Anglais d'Arsenal.

De la Ligue des champions et Ligue 2

L'arrivée de Rolland Courbis à la tête de l'équipe en 2000 marque le début d'une saison difficile. L'année suivante, le Racing se reprend et termine deuxième du championnat derrière Lyon, après l'avoir mené du début à la fin. Le parcours en Ligue des Champions, lors de la saison 2002-2003, est plus qu'honorable. Le club termine troisième de sa poule derrière le Milan AC, le Deportivo La Corogne, mais devant le Bayern de Munich, ce qui lui permet de jouer la coupe de l'UEFA, où Lens est éliminé par le FC Porto (futur vainqueur de l’épreuve). En 2003-2004, éliminé par les Turcs de Gaziantepspor en coupe de l'UEFA et calé dans le milieu du championnat, le RC Lens connaît une saison de transition. Malgré un recrutement intéressant, avec les arrivées de Vitorino Hilton et d’Eric Carrière, le club connaît une saison 2004-2005 très difficile. Les mauvais résultats du club amènent au remplacement de Joël Muller par Francis Gillot. Grâce à ce dernier, l’équipe revit et enchaîne les bons résultats pour finir par décrocher une place en coupe Intertoto.

En remportant cette coupe, le Racing accède à l’UEFA et connaît de grandes heures, notamment contre la Sampdoria de Gênes où Issam Jemaa donne la victoire et la qualification dans les derniers instants. Parallèlement, Lens effectue une excellente première partie de championnat, mais s’écroule après la reprise. Le retour du printemps marque le renouveau lensois. L’équipe retrouve la victoire et se qualifie de justesse pour l’UEFA, lors du dernier match contre Nantes (3-1). 2006-2007 est une belle saison également. Après un excellent départ en championnat, le Racing connaît une passe difficile en janvier–février. Comme la saison précédente, le printemps voit les Sang et Or poursuivre leur marche en avant, après une élimination en 8e de finale de la Coupe de l’UEFA contre le Bayer Leverkusen (2-1 ; 0-3). Deuxièmes à la veille de la 38e journée et du match décisif contre Troyes, les Lensois s’écroulent, perdent 3-0 et finissent 5es au terme d’une soirée cauchemardesque. La Ligue des Champions s’envole, laisse place à l’Intertoto.

Francis Gillot démissionne de son poste d’entraîneur et Guy Roux, sorti de sa retraite, le remplace. Le mercato estival semble encourageant, mais les résultats ne suivent pas. Après quatre matchs de Ligue 1, Guy Roux démissionne et laisse la place à Jean-Pierre Papin. Eliminés sans gloire de la Coupe de l’UEFA, pratiquant un jeu terne, les Sang et Or connaissent une première moitié de saison noire et sont reléguables à la trêve. La crise couve. Après l’élimination en 32e de finale de la Coupe de France contre Niort (0-1), Daniel Leclercq est rappelé au club, en tant que directeur technique. Le mercato hivernal sera une vraie réussite. Le Racing purge son effectif de nombreuses recrues estivales, départs compensés par trois arrivées de qualité (Nadir Belhadj, Toifilou Maoulida et Loïc Rémy). Le retour de blessure de Vitorino Hilton et le souffle nouveau apporté par la présence de Daniel Leclercq aux côtés de Jean-Pierre Papin entraînent un renouveau du Racing. Auteur de grosses performances contre Nancy, Lyon, Valenciennes et Caen, le Racing reste irrégulier et après une finale de Coupe de la Ligue perdue le 29 mars au stade de France, il plonge en Ligue 2.

Quand le Racing fait l'ascenseur...

JPP licencié, Gervais Martel appelle à la barre du navire lensois plusieurs anciens du club. Jean-Guy Wallemme devient entraîneur, assisté de Christophe Delmotte et de Michel Ettorre. Belhadj, Diane, Aubey, Mangane, Le Crom, Monterrubio, Khiter, Lacourt, Bisevac, Coulibaly, Hilton, Carrière quittent le Racing, tandis que Pollet et Akalé sont prêtés et que Loïc Rémy retourne à Lyon avant de rejoindre Nice. Dans le sens inverse, Eric Chelle, Sébastien Roudet, Geoffrey Doumeng, Romain Sartre, Dejan Milovanovic, Dalibor Veselinovic et Alaeddine Yahia débarquent en Artois. L'objectif est unique : remonter en Ligue 1.

Dès le début de saison, le Racing prend les commandes du championnat et ne les lâchera plus, même si le spectacle n’est pas toujours au rendez-vous. Premier avec 68 points, Lens revient en Ligue 1. Toutefois, en coulisse, les conséquences financières de la relégation ne sont pas encore réglées et les finances lensoises restent dans le rouge. Le mercato estival reste calme : Hamdi Kasraoui, Eduardo et Issam El Adoua signent avec Lens. Dominique Cuperly devient l’adjoint de Jean-Guy Wallemme. Dans l’autre sens, Dalibor Veselinovic, Aruna Dindane, Kevin Goeman, Nolan Roux, Arnaud Brocard et Grégory Vignal font leurs valises. Sidi Keita est prêté en Espagne. Le Racing peine à se séparer de ses « gros salaires », à savoir Sidi Keita et Kanga Akalé. D’autres recrues en Ligue 2, comme Milovanovic et Doumeng, ont déçu et ne trouvent pas preneur.

Le retour en Ligue 1 est difficile pour Lens, mais le club termine l’exercice à une honorable 11e place. Le mercato estival est calme sur le plan des arrivées : seuls Zakarya Bergdich signe à Lens, alors que Grégory Sertic est prêté par Bordeaux et que Jacques Santini succède à Dominique Cuperly. Dans le sens des départs, Kevin Monnet-Paquet, Romain Sartre, Issam El-Adoua, Fabien Laurenti et Aruna Dindane s’en vont, alors que William rémy et Dejan Milovanovic sont prêtés.

Le début de saison est difficile. A la trêve, Lens est relégable. Jean-Guy Wallemme donne sa démission et Laszlo Bölöni le remplace. En difficulté sur le terrain, Lens l’est toujours en dehors et doit vendre Razak Boukari à Rennes au mercato hivernal. Marco Ramos quitte aussi le club, alors que Franck Queudrue retrouve le Racing. Malgré quelques victoires, le Racing de Bölöni ne remonte pas au classement et les joueurs ne semblent pas suivre leur entraîneur. La seule satisfaction de la saison vient de l’éclosion d’une des pépites de la Gaillette, à savoir le défenseur Raphaël Varane.

19e de Ligue 1 et relégué en Ligue 2, le Racing est de nouveau contraint de se serrer la ceinture, d’autant plus que c’est désormais le Crédit Agricole qui dirige le club, toujours présidé par Gervais Martel. De nombreux joueurs en fin de contrat quittent (enfin) le club ou résilient leur contrat pour faciliter leur départ. Akalé, Runje, Doumeng, Maoulida, Kovacevic, Chelle, Roudet et Sidi Keita quittent donc l’Artois, alors que Jemaa, Situ, Hermach, Joseph-Monrose, Bédimo et Abeid sont vendus. La bonne nouvelle – financièrement parlant – vient de nouveau de Raphaël Varane, recommandé au Real Madrid par Zinedine Zidane, et qui rejoint le club espagnol pour un montant d’environ 10 millions d’Euros. Milovanovic est prêté, comme Atrous.

En coulisse, les changements sont nombreux aussi. Exit Laszlo Bölöni, remplacé par Jean-Louis Garcia et son staff en provenance d’Angers. Après lui débarquent en Artois Ludovic Baal, Ali Mathlouthi, Pierre Ducasse, Marco Rosenfelder, Julien Toudic, Chaouki Ben Saada et plusieurs joueurs prêtés : Michaël Fabre, Pascal Bérenguer, Gabriel Cichero et Jean-Eudes Maurice. Profondément remanié, l’effectif lensois est (enfin) purgé de ses indésirables et vise la remontée, qu’espèrent tous les supporters Sang et Or.

Le début de saison est délicat. De nombreuses blessures, méformes et contre-performances, ainsi qu’une grande fragilité mentale, dans un championnat où le niveau est plus élevé qu’en 2008-2009, amènent le Racing à une peu glorieuse 15e place à la trêve. La deuxième partie de saison n’est guère mieux. Quelques coups d’éclats, comme les victoires à Boulogne (0-2) et à Tours (0-3), ne compensent pas les nombreuses défaites à domicile, le stade Bollaert étant devenu une véritable « terre d’accueil » pour les adversaires. Le Racing décroche tant bien que mal son maintien après une victoire à domicile contre Istres (1-0) et achève la saison sur un match nul (1-1) à Reims.

C’est alors en coulisse qu’une nouvelle page de l’histoire du Racing se tourne.

 

Gervais Martel démissionne de la présidence

Depuis la relégation du Racing en juin 2008, les finances du club sont dans le rouge. Malgré la remontée immédiate, celles-ci restent délicates, notamment en raison d’une masse salariale très élevée. En 2011, la deuxième relégation du Racing entraîne une nouvelle diminution des revenus du club. Gervais Martel obtient alors du Crédit Agricole Nord de France une augmentation de capital qui amène la banque à devenir actionnaire majoritaire du RC Lens. Un accord est signé entre Gervais Martel et le CANF, permettant au président du Racing de racheter ses parts au sein du club avant le 30 juin 2012.

Après de nombreuses annonces, des rumeurs d’investisseurs américains ou russes, le couperet tombe le 2 juillet 2012 : Gervais Martel n’a pas les moyens de reprendre le contrôle du club et doit démissionner. Le 3 juillet, le Crédit Agricole Nord de France nomme un nouveau président, en la personne de Luc Dayan, qui aura pour mission de restructurer le club pour le rendre plus efficace, plus en adéquation avec un club de milieu de tableau de Ligue 2.

Mais après un début de championnat médiocre et deux défaites à domicile contre Angers (1-3) et Monaco (0-4), Jean-Louis Garcia et son staff sont mis à pied pour faute lourde, avant d'être licenciés par le RC Lens. En remplacement, c'est Eric Sikora, véritable légende vivante du club, qui est nommé entraîneur, en compagnie de Didier Sénac, Jean-Claude Nadon et Vincent Lannoy. Après une nouvelle lourde défaite à Nantes (4-0), les Sang et Or relèvent la tête et restent sur deux victoires prometteuses contre Niort (1-0) et à Auxerre (1-2). Une série positive de seize matchs sans défaite permet au Racing Club de Lens se remonter au classement et, même, d'espérer se mêler à la lutte pour la montée. Mais à partir du mois de mars, de nombreuses blessures handicapent le groupe lensois, qui retrouve alors un rythme de relégable, achevant la saison à la 12e place.

Le retour de Gervais Martel

Mais c'est en coulisse que l'avenir du club se joue encore. Depuis février 2013, deux projets de reprise du club sont annoncés et s'opposent. D'un côté, le fonds d'investissement luxembourgeois Mangrove Capital Partners, de l'autre Gervais Martel et son associé azéri Hafiz Mammadov. Au final, le 14 juin 2013, le Crédit Agricole Nord de France annonce que c'est le projet de Gervais Martel et de son partenaire azéri Hafiz Mammadov qui est retenu. Un an après sa démission et son départ du RC Lens, Gervais Martel retrouve son fauteuil à la tête de son club de coeur.

Ce retour, officialisé le 18 juillet, est marqué par de profonds changements au sein du club. Financièrement, le RC Lens repart sur des bases saines, les dettes étant effacées et un investissement important étant injecté dans les finances lensoises. Sportivement, Eric Sikora retourne à la formation et se voit remplacé par Antoine Kombouaré à la tête du groupe professionnel. Certains joueurs partent (Alexandre Coeff, Zakarya Bergdich, Samba Sow, Julien Toudic, Yohan Démont...) et de nouvelles recrues arrivent. L'espoir d'une remontée en Ligue 1 et d'un avenir plus sain pour le RC Lens renaît.

Bien que difficile, la saison 2013-2014 voit les Sang et Or terminer à la 2e place de la Ligue et valider son ticket pour la Ligue 1 après une ultime victoire sur le terrain du CA Bastia (0-2). Au cours de la saison, le stade Bollaert-Delelis a retrouvé ses couleurs, son ambiance, et achève la saison sur trois rencontres à guichets fermés. Au retour de Bastia, les joueurs sont accueillis par des supporters en liesse à l'aéroport de Lesquin tandis qu'une fête organisée en centre-ville de Lens quelques jours plus tard rassemble des milliers de supporters présents.

Validée sur le terrain, la montée en Ligue 1 du RC Lens est toutefois remise en question par la DNCG dès juin. A deux reprises, le club lensois se voit maintenu en Ligue 2, puis une nouvelle fois par la commission d'appel de l'instance. C'est seulement le CNOSF qui, le 28 juillet, valide la montée en Ligue 1... mais la DNCG interdit le club lensois de recrutement quelques jours plus tard.


Thomas Lachambre, Le développement économique du RC Lens sous la présidence de Gervais Martel (1988-2004), mémoire de licence d'histoire sous la direction de Michel-Pierre Chélini, université d'Artois, 2004 (corrigé en 2008, 2011, 2012 et 2013).

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