updated 09/12/2016 05:38

Luc Dayan : « Ce film raconte la petite et la grande Histoire »

Luc Dayan RC LensEn pleine campagne de promotion de son film sur Jesse Owens, Luc Dayan est revenu sur les premiers jours de diffusion de « La couleur de la Victoire » en France, avec des affluences assez intéressantes.

Pour MadeInLens, l’ancien président du RC Lens évoque aussi la genèse de son projet, les valeurs véhiculées et le travail de recherches intense menés pour soutenir le contexte historique, ainsi que les difficultés qu’il a rencontrées pour boucler le financement de son film.

La première semaine d’exploitation du film "La couleur de la Victoire" a été bonne.

« Tout à fait ! L’entame, le mercredi, a été bonne. Au fil des jours, la fréquentation a progressé de jour en jour. Le bouche-à-oreille a été favorable. Nous sommes contents. Certes, il ne s’agit pas d’une superproduction hollywoodienne, mais les chiffres sont sympas. »

Le film était déjà sorti avant d’arriver sur les écrans français…

« Oui, aux Etats Unis sous le nom de « Race » en février et en Italie sous le nom de « Colore della Victoria » et en Espagne également. Nous avions pré-vendu les droits à l’international. Quand les Américains ont sorti le film, les autres pays ont enclenché. Nous avons gardé nos droits en France. Nous avons assuré nous-même notre promotion. »

Ce projet de film sur Jesse Owens est un projet de longue date…

« J’avais produit un documentaire sur Owens en 1996. Mais l’idée avait germé en 1991 après l’entrée de Canal+ dans le PSG, moment où j’avais découvert l’histoire de cette athlète. Je m’étais retrouvé à Villeneuve d’Ascq, au meeting d’athlétisme avec Charles Biétry. Il y avait Carl Lewis et les journalistes présents faisaient la comparaison avec Owens. J’ai retrouvé un autre livre sur Owens, avec une volonté personnelle de comprendre comment un Noir avait pu se retrouver à Berlin en 1936 et ce qui avait buggué dans ces histoires de races ! Pour les 60 années de ces JO, j’avais produit un petit clip. A ce moment-là, l’argent arrivait en masse dans le sport. On pouvait se douter que le dopage allait arriver et prendre une place sans cesse plus importante. Je me suis aussi promis, à ce moment-là, de faire ce film. Voilà, c’est fait ! Tous les 4 ou 5 ans, je me le répétais. J’ai vraiment commencé ce film il y a 5 ans ! »

Quelle analyse par rapport à cette sortie ?

« Je n’avais évidemment pas prévu la sortie du film avec les problèmes aux Etats-Unis entre population noire et la police et les événements récents en France. Quelle que soit notre couleur de peau ou notre religion, nous sommes tous des êtres humains. Le sport est certainement l’endroit où l’on se rend compte que nous sommes tous pareils. On joue à la même chose. Ce film rassemble la géopolitique, l’amitié, les petites et grandes manipulations que l’on a pu vivre dans le sport professionnel. Après chacun raconte sa façon de voir. Je crois que ce film raconte la petite et la grande Histoire : c’est un symbole de belles histoires et d’autres moins belles. »

Facile de financer un tel projet ?

« J’ai tapé à beaucoup de portes pour monter ce projet. Je suis allé voir beaucoup de copains. Ce qui est amusant aujourd’hui, c’est que tout le monde s’aperçoit que c’est un film français ! J’ai eu plus de facilité à convaincre des Canadiens, des Allemands et d’autres pays qu’en France. Dans l’Hexagone, j’ai eu la chance d’avoir des amis investisseurs qui m’ont vite suivi et qui surtout ne se sont jamais posés la question s’ils allaient avoir un retour sur investissement. »

Savez-vous si vous allez équilibrer les recettes et les dépenses ?

« Je n’en sais rien. Il faut attendre que l’exploitation soit terminée dans tous les pays pour le savoir. Pour l’exploitation en France, si la fréquentation reste la même, nous serons à l’équilibre. Pour l’exploitation à l’étranger, je n’en sais rien. Le budget du film est tout de même de 26 millions d’euros. J’y ai mis de l’argent, certains ont prêté, certains ont financé, certains ont pris des intérêts. Aujourd’hui, je ne sais pas si l’équilibre sera atteint. La seule chose que je sais, c’est que la multiplicité des partenaires a réduit les risques. On a privilégié l’indépendance du projet à la rentabilité financière. »

Il y a des anecdotes incroyables dans ce film…

« Les victoires n’ont pas fondamentalement changé les choses. On raconte l’histoire avec ses surprises et ses suites. Sans vouloir faire de parallèle avec mon histoire, quand j’ai les mains dans le cambouis, tout le monde est content. Mais, dès que je suis parti… Quand tout est remis en place, c’est tout juste si certains se souviennent que j’existe. Les gens ont la mémoire courte. C’est une leçon de vie… Pour en revenir à Owens, ces médailles n’ont pas été fondamentalement une bonne chose pour lui, paradoxalement. En fabricant le film, j’ai étudié les faits et beaucoup de détails sont ainsi remontés. Sur les chaussures d’Owens, sur le président du comité américain olympique, il y a des rumeurs qui se sont avérées vraies. J’ai beaucoup travaillé avec la fondation Owens pour tout découvrir et creuser. Cette histoire est passionnante. »

Est-ce vous qui avez fait toutes les recherches ?

« Je suis à l’origine du film. L’histoire était préexistante. Je n’ai rien inventé. Je suis allé chercher les bonnes personnes pour les mettre aux bonnes places, comme au foot. C’est une construction qui s’est faite sur 5 ans avec des gros dossiers comme le montage juridique ou le montage financier. »

Les images de synthèses sont incroyables…

« Ce qu’il faut savoir, c’est que toutes les scènes d’athlétisme ont été tournées au même endroit, à Montréal. Tout ce qui est autour est en image de synthèse. On passe ainsi des USA à Berlin d’un stade vide sans tribune à un stade de 110 000 places. Il aurait été difficile d’avoir autant de figurants… Au Canada, une boîte a reconstitué tous les décors en image de synthèse. La technique permet des choses incroyables… Le travail a duré 6 mois… »

L’affluence est-elle bonne ?

« L’affluence est bonne même si nous ne sommes sortis que dans 200 salles. Les affluences progressent. 14 000 samedi, 20 000 dimanche… Le plus amusant, c’est qu’Owens a eu ses médailles début août 1936, 80 ans après le film sort… Il faut que les salles le gardent. La semaine prochaine, le nombre de salles qui projetteront le film sera plus important. C’est bien ! »

Propos recueillis par Pascal Guislain pour MadeInLens

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